2 mars 2016

17/03/2016 - 17/03/2016
La gestion intégrée des eaux urbaines, une approche globale et durable du cycle de l’eau

Retour sur l’atelier qui a récemment réuni à Abidjan des experts du secteur de l’eau autour d’une approche innovante de planification et de gestion des projets d’eau en milieu urbain : la gestion intégrée des eaux urbaines (GIEU). Cette approche holistique considère les eaux résiduaires, domestiques comme industrielles, les matières fécales et les eaux pluviales comme des ressources et les exploite.

Le manque d’assainissement coûte 2% du PIB. Jean-Michel Ossété, coordinateur par intérim de la Facilité africaine de l’eau, a insisté sur l’importance d’avoir des expériences concrètes qui serviront d’exemples : « Nous devrons nous appuyer sur des projets concrets de gestion intégrée des eaux urbaines pour diffuser plus largement l’approche sur le continent. » François Brikke, chargé de réseau sénior auprès du GWP, a souligné l’un des principaux leviers pour agir : « Ne pas intervenir dans le secteur de l’assainissement coûte entre 0,9 à 2,1% du son PIB, selon les pays d’Afrique subsahariens. Cette donnée est un véritable atout pour convaincre nos interlocuteurs de la nécessité d’investir dans le secteur. »

Changer les mentalités et les pratiques de façon durable. « Nous devons opérer un changement de paradigme. L’une des transformations actuelles les plus importantes est la façon dont nous considérons les eaux usées. Elles doivent être perçues de façon bien plus positive, comme des opportunités, en saisissant leur valeur potentielle, en trouvant un moyen de les récupérer pour produire par exemple de l’énergie (biogaz, électricité), des fertilisants organiques pour l’amendement des sols, etc. », analyse Kalanithy Vairavamoorthy de l’International Water Management Institute (Sri Lanka). Une nouvelle approche qui amène de nouvelles questions : Quels business models utiliser ? Quels sont les clients potentiels pour les différentes ressources susceptibles d’être recouvrées ? Pourquoi ces produits seront-ils plus attrayants, moins onéreux ? Comment amener les produits aux clients ? Autant d’interrogations soulevées par M. Vairavamoorthy dont la solution est liée à la conception de nouveaux modèles qui généreront plus de financements.

Un outil d’aide à la décision. Un outil largement exploré au cours de l’atelier a été le logiciel d’aide à la décision en matière de GIEU. « Cet outil de planification utilise des données de base relatives au sol, à la consommation en eau, aux conditions de vie, aux eaux pluviales et souterraines, à la démographie, etc. pour ensuite faire des simulations. Destiné à une prise en main rapide, il a vocation à identifier la cause des problèmes. Les résultats, générés automatiquement sous forme graphique ou de tableaux, constituent un tableau de bord pouvant être utilisé par les experts ou par les décideurs », explique Seneshaw Tsegaye, de l’université de Floride du Sud. La visualisation des résultats des simulations suscitera une prise de conscience des décideurs sur les enjeux de la GIEU. Ce logiciel, produit par le GWP en collaboration avec la Banque mondiale et Patel College de Floride du Sud, sera lancé durant la Semaine mondiale de l’eau, prévue du 27 août au 2 septembre 2016 à Stockholm (Suède).

Le défi des villes du futur. Selon Teun Bastemeijer, du Water Integrity Network (WIN) « l’une des conséquences de la croissance rapide et incontrôlée de la population urbaine est que les questions de mauvaise gouvernance liée à l’approvisionnement en eau et à l’assainissement dans les pays en développement peuvent augmenter considérablement le risque de corruption, en particulier lorsque les effets de l’écart entre les riches et les pauvres deviennent plus évidents dans la prestation de services ». Il a à cet égard indiqué que le WIN, fort de son expérience dans ce domaine, avait identifié un certain nombre d’aspects de gouvernance essentiels à la réduction des risques de corruption dans le secteur de l’eau en milieu urbain. Cette meilleure gouvernance permettra à l’Afrique de tirer pleinement profit de sa forte croissance, comme le suggère Seneshaw Tsegaye. « L’Afrique est en croissance mais ses infrastructures d’eau et d’assainissement ne sont pas encore suffisamment développées, souligne-t-il. Nous avons là un champ d’action à prospecter, une occasion sans pareille de construire et de gérer les ressources sur la base de nos expériences et connaissances, de créer les villes du futur en Afrique ». En effet, cette approche GIEU répond avec pertinence aux défis de l’urbanisation rapide sur le continent et aux effets du changement climatique.

L’atelier a également permis de passer en revue les projets de gestion intégrée des eaux urbaines évalués en République démocratique du Congo, aux Seychelles, au Zimbabwe et à Madagascar. Cette session a notamment permis de repérer, face à des situations récurrentes, les stratégies à adopter et les méthodologies à mettre en place. L’événement a réuni des participants issus d’une part de la Facilité africaine de l’eau (AWF) et du département de l’Eau et de l’assainissement de la Banque africaine de développement (BAD), et d’autre part, du Global Water Partnership (GWP), de l’International Water Management Institute (IWMI), du Patel College of Global Sustainability de Floride (PCGS) et de Water Integrity Network (WIN).

Catégories: Gestion intégrée des ressources en eau, Connaissance sur l'eau, Gouvernance de l'eau

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