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Comment la ville de Sokode est devenue une référence en matière d'assainissement au Togo

11 April 2022
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« Une nuit, il était deux heures du matin, je devais me soulager. Mais les latrines publiques étaient loin de chez moi », raconte Zalia Zoukoufoulou, habitante de la ville de Sokodé, deuxième plus grande ville du Togo, située à 350 kilomètres au nord de Lomé. L’anecdote de Zalia révélait les difficultés que rencontraient nombre d’habitants de la ville où seuls 34 % des ménages disposaient de toilettes à leur domicile. Lougma Traoré, un autre habitant, explique qu’il déversait « les excréments de [s]es enfants dans la nature ». La défécation à l’air libre et l’absence de lieux d’aisance dédiés favorisent la propagation de certaines maladies, et non des moindres – diarrhées mortelles notamment, mais aussi choléra. Et comme conséquence, la ville a été l’épicentre de trois flambées de choléra entre 2010 et 2013.

« Les camions de vidange arrivaient la plupart du temps de Lomé, ce qui rendait le prix du service assez couteux pour les ménages. Nous avions alors recours aux vidanges à la main et les ménages reversaient les boues dans les cours d’eau de la ville ou dans les champs de maraichers », racontait Alassane Tchakpedeou, ancien maire de la ville. « Notre ville était connue pour être la championne des cas de choléra. Chaque année, quand arrivaient les pluies, Sokodé souffrait du choléra, Sokodé souffrait du péril fécal », déplorait-il.

En 2013, la Banque africaine de développement accordait un don de 1,15 million d’euros à la municipalité à travers la Facilité africaine de l’eau, afin de financer le projet « Des toilettes pour tous à Sokodé ». Depuis lors, le choléra ne s’est plus abattu sur Sokodé.

Prorogé jusqu’au 30 septembre 2018, le projet « Des toilettes pour tous à Sokodé par la valorisation des boues de vidange et le microcrédit » avait permis la construction de 788 latrines au bénéfice des populations de sept quartiers de la ville et des communes voisines que sont Tchamba, Sotouba, Bassar, Bafilo et Blitta. Des Comités d’assainissement de quartier (CAQ) ont été créés pour assurer le suivi des acquis du projet et continuer de sensibiliser les habitants pour les inciter à rejoindre la liste des bénéficiaires du projet et réduire la défécation à l’air libre.

« Avoir ces latrines, aujourd’hui, sauve de nombreuses vies », se réjouit Zalia Zoukoufoulou. À l’instar du reste des habitants de Sokodé, c’est tout son quotidien qui a changé et s’en voit amélioré grâce au projet.

Microcrédit et sensibilisation pour un cercle vertueux

Pour permettre au plus grand nombre d’habitants de se doter de toilettes à domicile, le budget a été étudié, afin que les bénéficiaires n’aient qu’un quart du coût à leur charge, et un système de microcrédit mis en place pour les aider à régler leur dû.

« La construction d’une latrine revenait à 400 000 francs CFA (environ 800 dollars, ndlr) et le projet a pris en charge 300 000 FCFA (600 dollars environ). Le bénéficiaire contribue à hauteur de 100 000 FCFA (près de 200 dollars) », détaillait Adiétou Katakpaou, coordinatrice du CAQ. Et d’indiquer : « Nous tenons un registre de remboursement qui se fait de façon progressive. L’argent collecté est mis en banque pour que d’autres bénéficient du projet ». Les CAQ tiennent des livres de comptes, qui recensent et assurent le suivi des remboursements par tranches des bénéficiaires. L’argent ainsi collecté permet de financer la construction de nouvelles latrines.

« Le projet a acquis un camion de transport des boues de vidange pour la ville de Sokodé, précise Tetouehaki Tchonda, coordonnateur du projet. Dans les zones relativement difficiles d’accès en camion, un mini-système mécanique de transport de boues a été acquis : il s’agit d’un tricycle, d’une motopompe avec des fûts de 100 litres pour la collecte des boues ».

Collecte, traitement et valorisation des boues de vidange

Une fois collectées, les boues de vidange de latrines sont transportées à la nouvelle station de traitement – inaugurée à la fin juin 2018 –, qui permet de réduire les risques sanitaires et environnementaux associés aux déchets humains. D’une capacité de 6 400 mètres cubes, la station est équipée de trois lits de séchages simples et d’une aire de séchage des boues raclées. Les bio-solides générés au terme du traitement des boues de vidange sont mis à la disposition des maraichers et agriculteurs. Partant, le projet contribue ainsi à la fertilisation des sols, donc à la sécurité alimentaire.

Autre retombée positive : sept micro-entreprises communautaires de Sokodé – au sein desquelles les femmes représentent plus de 45 % des effectifs – ont bénéficié d’un renforcement des capacités.

« La ville qui était autrefois un foyer de propagation du choléra au Togo, est aujourd’hui une référence en matière d’assainissement, se réjouit-il. Elle est l’unique ville du pays à disposer d’une station de traitement des boues de vidange et où des structures communautaires se sont mues en entreprises prestataires de services. ».

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