Mtchera Chirwa et Mecuria Assefaw expliquent comment des réformes ciblées, une gestion responsable et des opérateurs financièrement plus solides peuvent améliorer les services et créer de meilleures conditions pour l’investissement
Des institutions plus performantes, des opérateurs financièrement viables et des réformes conçues à partir de problèmes clairement identifiés ont occupé une place centrale dans les interventions de la Banque africaine de développement au Symposium africain sur le leadership des systèmes d’eau et d’assainissement, à Kigali.
Au cours de deux discussions de haut niveau, les représentants de la Banque ont examiné les conditions institutionnelles qui déterminent la capacité des opérateurs de services d’eau et d’assainissement à fournir des services fiables, à entretenir durablement leurs infrastructures et à attirer les investissements nécessaires à leur développement.
Mtchera Chirwa, Directeur du Département du développement de l’eau et de l’assainissement de la Banque africaine de développement, a ouvert les interventions de la Banque en appelant les gouvernements et les institutions du secteur à définir clairement les résultats qu’ils attendent des réformes.
« La question que je voudrais poser est la suivante : pourquoi engageons-nous des réformes ? », a déclaré Chirwa lors du dialogue de haut niveau consacré à la mise en place de services d’eau et d’assainissement performants, responsables et prêts à l’investissement. « Les réformes visent à améliorer la performance, à obtenir de meilleurs résultats et à assurer la durabilité. »
La session a réuni Chirwa avec des ministres et de hauts représentants du Rwanda, de l’Ouganda, du Nigeria, du Mali et du Ghana, ainsi qu’avec l’AUDA-NEPAD, l’UNICEF, l’AMCOW, le Royaume des Pays-Bas et d’autres partenaires du secteur.
Les réformes doivent répondre aux réalités des institutions
Chirwa a mis en garde contre l’application de programmes de réforme identiques d’un pays à l’autre.
« Les réformes varient d’un pays à l’autre, d’un contexte à l’autre. Ce ne sont pas les mêmes réformes que tout le monde devrait entreprendre au même moment », a-t-il déclaré.
Les pays, a-t-il expliqué, doivent d’abord analyser les obstacles qui empêchent leurs institutions d’atteindre les résultats attendus, puis élaborer une feuille de route adaptée à leurs structures de gouvernance, aux responsabilités de leurs institutions et à leur environnement opérationnel.
L’objectif est clair : disposer d’institutions très performantes capables de fournir des services fiables et prévisibles.
Chirwa a cité parmi les éléments nécessaires à l’amélioration de la performance institutionnelle une gestion et des équipes professionnelles, des contrats fondés sur la performance, des plans d’entretien des actifs et une planification des investissements en capital.
La viabilité financière est tout aussi importante, a-t-il ajouté.
Les institutions chargées de l’eau et de l’assainissement ont besoin de systèmes de revenus plus solides et de mécanismes tarifaires prévisibles leur permettant de maintenir les services tout en protégeant les consommateurs vulnérables. Il a également évoqué la possibilité de tarifs différenciés, les usagers utilisant l’eau dans le cadre d’activités génératrices de profits pouvant contribuer davantage et ainsi soutenir les consommateurs à faibles revenus.
Son intervention a ainsi placé la responsabilité, la performance des services et la viabilité financière au sein d’un même programme de réforme.
Des opérateurs plus solides peuvent ouvrir l’accès à davantage de capitaux
Lors d’une deuxième session, Mecuria Assefaw, Manager de la Division du développement de l’eau et de l’assainissement de la Banque africaine de développement pour les régions Afrique de l’Est et Afrique australe, a porté la discussion sur les défis de financement auxquels sont confrontés les opérateurs urbains.
Assefaw a participé à la session D4.1 – Professionnaliser les opérateurs urbains de l’eau : accélérer la crédibilité financière, l’efficacité et la préparation à l’investissement, aux côtés de représentants d’opérateurs et d’acteurs du secteur venus d’Ouganda, du Rwanda, du Kenya et du Ghana, ainsi que de la Banque mondiale, de l’International Water Association et de VEI Water Operator Partnerships.
Répondant à une question sur la manière dont les opérateurs africains peuvent réduire leur dépendance aux garanties souveraines et accéder davantage au financement sur la base de leurs propres bilans, Assefaw s’est concentré sur le rôle des institutions de financement du développement dans l’accompagnement des pays vers des opérateurs plus solides.
« Le rôle des institutions de financement du développement, y compris la Banque africaine de développement, est de financer des projets, mais aussi de contribuer à la création d’institutions solides et durables », a déclaré Assefaw. « À travers l’Initiative pour la transformation durable des opérateurs d’eau, la Banque accompagnera les opérateurs dans la mise en place d’une trajectoire permettant d’améliorer progressivement leurs performances, leur solvabilité et leur préparation à l’investissement. »
Des opérateurs plus solides et plus viables, a-t-il estimé, renforcent la confiance du secteur privé et facilitent la mobilisation de capitaux privés pour contribuer au financement de leurs besoins d’investissement.
Assefaw a expliqué que l’approche de la Banque en matière de transformation des opérateurs repose sur trois grandes étapes : évaluer leur niveau de préparation, élaborer un plan de transformation et fournir un appui dans les domaines du financement et d’autres dimensions connexes.
L’évaluation du niveau de préparation examine les conditions qui influencent la capacité d’un opérateur à être performant et à attirer des financements. Il s’agit notamment de la gouvernance et de la réglementation, des cadres juridiques et politiques, de la performance opérationnelle, des besoins d’investissement dans les infrastructures, des mécanismes de recouvrement des coûts, de la planification et de la gestion financières, des ressources humaines et des capacités institutionnelles.
Les opérateurs abordent ce processus à différents niveaux de préparation. L’évaluation permet d’identifier les contraintes propres à chaque institution et de déterminer les réformes et les investissements nécessaires pour renforcer sa situation opérationnelle et financière.
La préparation à l’investissement commence au sein des institutions
Pris ensemble, les deux interventions de la Banque ont placé la performance institutionnelle au cœur des discussions sur la préparation à l’investissement.
Chirwa s’est concentré sur l’objectif et la conception des réformes : les pays doivent identifier leurs propres contraintes, définir le niveau de performance qu’ils souhaitent atteindre et élaborer des trajectoires réalistes pour y parvenir.
Assefaw a abordé l’étape suivante : aider les opérateurs à acquérir la solidité institutionnelle, opérationnelle et financière nécessaire pour mobiliser des volumes de capitaux plus importants.
Ces discussions rejoignent également les Quatre Points Cardinaux du Président du Groupe de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, notamment la priorité consistant à libérer le capital de l’Afrique (« Unlock Africa’s Capital »). Le Président Ould Tah a identifié la mobilisation de volumes plus importants de capitaux à moindre coût comme l’une des orientations stratégiques de la Banque, aux côtés du renforcement des systèmes financiers africains et du développement d’infrastructures résilientes.
Dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement, cet objectif dépend notamment de l’existence d’institutions capables de préparer les investissements, de gérer les infrastructures, de générer des revenus durables et de donner aux partenaires financiers la confiance nécessaire pour déployer efficacement leurs capitaux.
Le Symposium africain sur le leadership des systèmes d’eau et d’assainissement se tient du 17 au 21 août 2026 au Kigali Convention Centre.