N’Djaména connaît une croissance rapide, tandis que les services d’assainissement n’ont pas progressé au même rythme. La plupart des ménages dépendent de systèmes d’assainissement autonome, alors que la collecte, le transport et le traitement des boues de vidange restent peu structurés. Les déversements informels sont fréquents et les inondations aggravent davantage la situation, notamment dans les zones déjà confrontées à des services d’assainissement insuffisants.
La Facilité africaine de l’eau (FAE) travaille cette semaine avec le Gouvernement tchadien afin d’identifier les moyens de répondre à ces défis à travers l’Initiative pour l’investissement dans l’assainissement urbain en Afrique (AUSII).
La mission va au-delà de l’identification d’un projet unique. Elle examine les principales contraintes qui affectent l’assainissement urbain au Tchad ainsi que les interventions nécessaires dans le temps, du renforcement des institutions et du cadre réglementaire à la préparation de projets et aux futurs investissements dans les infrastructures.
La mission a été conduite par Djibril Diagne, Ingénieur principal en eau et assainissement au Département du développement de l’eau et de l’assainissement (AHWS) de la Banque africaine de développement, avec Lovasoa Christine Razanamahandry, Spécialiste principale en assainissement à la Facilité africaine de l’eau. Elle comprend des échanges avec les autorités gouvernementales ainsi que des consultations techniques avec les institutions, les municipalités, les opérateurs de l’assainissement, la société civile et les partenaires au développement.
Le 15 septembre 2026, la délégation de la FAE a été reçue par le Ministre tchadien de l’Eau et de l’Énergie, Passale Kanabé Marcelin. Les échanges ont porté sur les priorités du pays en matière d’assainissement, les besoins institutionnels et les possibilités de renforcer l’appui technique et les investissements dans le secteur.
Le Ministre a salué l’engagement de la FAE et réaffirmé l’engagement de son département à améliorer les services d’assainissement conformément aux priorités nationales de développement.
« L’assainissement ne doit plus être considéré comme une intervention secondaire, mais comme un investissement essentiel dans la santé, la productivité, l’environnement et le développement. Cet atelier ne consiste pas simplement à présenter les résultats d’une étude diagnostique. Il s’agit de passer à une nouvelle étape, celle de la programmation et de la mobilisation des financements nécessaires à la transformation du secteur », a déclaré Passale Kanabé Marcelin, Ministre de l’Eau et de l’Énergie du Tchad.
Les consultations se sont poursuivies le 16 septembre avec une séance de travail consacrée à l’examen des résultats du diagnostic de l’assainissement urbain réalisé dans le cadre de l’AUSII au Tchad.
Cette séance permet de confronter les conclusions du diagnostic à l’expérience des acteurs nationaux, d’identifier les lacunes qui doivent encore être comblées et de s’accorder sur les priorités qui orienteront la prochaine phase d’appui. Les participants examinent également les interventions qui peuvent être engagées en priorité et celles qui nécessitent encore un travail de préparation technique ou institutionnelle.
Le diagnostic met en évidence des faiblesses sur l’ensemble de la chaîne de l’assainissement. À N’Djaména, l’assainissement repose en grande partie sur des systèmes autonomes. La ville ne dispose pas d’infrastructures adéquates pour le traitement des boues de vidange et les déversements informels restent fréquents. Les inondations compliquent davantage la situation, en particulier dans les zones déjà confrontées à des services d’assainissement insuffisants.
Le défi ne se limite donc pas aux infrastructures. Une meilleure planification, une clarification des responsabilités institutionnelles, des prestataires de services plus solides et un portefeuille d’investissements plus réaliste seront également nécessaires pour améliorer les services d’assainissement au fur et à mesure de la croissance de la ville.
« Cette mission nous permet de travailler avec le Gouvernement et les autres acteurs du secteur afin d’identifier ce qui doit être traité en priorité. L’objectif est de passer du diagnostic à un ensemble clair de priorités pouvant être correctement préparées et présentées au financement », a déclaré Djibril Diagne, Ingénieur principal en eau et assainissement à la Banque africaine de développement.
Parmi les investissements déjà en préparation figure le Plan directeur d’assainissement des eaux usées et excreta de la ville de N’Djaména (PDAS-2E).
Le projet proposé dotera la ville d’un cadre de planification de l’assainissement à l’horizon 2045. Il permettra d’évaluer le système existant, d’identifier les investissements prioritaires, d’examiner les options techniques et institutionnelles et de préparer les études environnementales, sociales et climatiques nécessaires à la première phase d’investissement.
Le coût du projet est estimé à 990 000 EUR, dont un don non remboursable proposé de 900 000 EUR de la Facilité africaine de l’eau à travers l’AUSII. Le Gouvernement tchadien apporterait une contribution en nature équivalente à 90 000 EUR.
Le Plan directeur devrait permettre à N’Djaména de mieux séquencer ses investissements dans l’assainissement et fournir aux institutions gouvernementales, à la municipalité et aux partenaires au développement une base commune pour la planification et la mobilisation des financements.
Il examinera également les besoins des femmes, des jeunes et des ménages vulnérables et veillera à ce que les futurs investissements prennent en compte les risques sanitaires, environnementaux, sociaux et climatiques. Le projet prévoit des consultations avec les organisations de la société civile, les groupes de femmes et de jeunes ainsi que les représentants communautaires pendant la préparation et la validation du Plan.
« Avec nos partenaires au Tchad, nous examinons le secteur dans son ensemble afin d’identifier par où l’appui doit commencer. Certaines priorités nécessitent des institutions plus fortes et une meilleure planification, tandis que d’autres requièrent la préparation de projets et des investissements. En réunissant ces différents éléments, nous augmentons nos chances de développer des services d’assainissement qui répondent aux besoins des populations et qui puissent être durables dans le temps », a déclaré Lovasoa Christine Razanamahandry, Spécialiste principale en assainissement à la Facilité africaine de l’eau.
Les travaux plus larges menés dans le cadre de l’AUSII s’appuieront sur le diagnostic et les consultations pour contribuer à l’élaboration d’un programme d’interventions par étapes. L’évaluation actuelle a déjà mis en évidence la nécessité de renforcer les conditions nécessaires avant d’engager des investissements de plus grande ampleur, notamment les capacités institutionnelles, la réglementation, la préparation de projets et les conditions permettant d’attirer des financements.
Cette approche reflète également l’orientation de la Stratégie de la FAE 2026-2030, qui accorde une plus grande importance au passage d’interventions isolées à des portefeuilles et programmes d’investissement plus solides, capables de mobiliser des financements en aval.
La prochaine étape consiste à accompagner le Tchad dans la transformation des priorités identifiées à travers le diagnostic et les consultations en un programme d’appui structuré par étapes, avec des actions institutionnelles plus claires, des projets bien préparés et une base plus solide pour mobiliser les investissements.